Années 90

19 juin 1991, Jacques Chirac, en pleine campagne pour les présidentielles dérape à Orléans. « Le travailleur qui habite à la Goutte-d’Or et travaille avec sa femme pour gagner environ 15 000 francs. […] Sur son palier d’HLM, ledit travailleur voit une famille entassée avec le père, trois ou quatre épouses et une vingtaine de gosses, qui touche 50 000 francs de prestations sociales sans, naturellement, travailler. […] Si vous ajoutez à cela le bruit et l’odeur, le travailleur français, sur le palier, il devient fou. Ce n’est pas être raciste que de dire cela ».
La saillie raciste deviendra, quatre ans plus tard, le titre du deuxième album du groupe toulousain, Zebda. Pour ses membres, originaires du quartier des Izards, les propos de J.Chirac illustrent la désillusion et les rendez-vous manqués entre la France et une partie de sa population.
Comme le souligne Joël Saurin, le bassiste de Zebda, « Il faut se remettre dans le contexte de l’époque. C’était l’avant “Black, Blanc, Beur” de 1998. Nous, on avait un espoir fou de voir enfin les peuples de France se rapprocher. Alors forcément, entendre réduire l’immigration à ces quelques mots, ça a cassé tous nos espoirs. Et ce n’était vraiment pas ce que l’on pouvait attendre d’un homme politique. On a parlé de maladresse, mais peut-être était-ce plus de la stratégie… ».

Moustapha Amokrane évoquera, quant à lui, l’engagement indispensable des artistes issus de l’immigration. « C’était notre rôle de réagir. On a combattu politiquement Jacques Chirac parce que pour nous, “le bruit et l’odeur”, n’aurait jamais dû servir un propos raciste. C’était quelque chose de bien. Ça nous rappelait notre enfance et notre seconde culture. Et c’est pour cela qu’on a rajouté dans la chanson “et celui du marteau-piqueur”. Un autre bruit qui semble-t-il dérangeait moins. »
D’autres propos du même tenant se succéderont dans la bouche des hommes politique, dans les années suivantes. « Sauvageons », « Karcher et racailles », « pain au chocolat et Auvergnat », ces dérapages apparents deviendront ordinaires. « En 1991, on trouvait que la parole de Jacques Chirac était grave. En fait, elle a peut-être ouvert la porte aux autres » dira